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Paroisse Frédéric Ozanam Sacré-Cœur / Saint-Clément / Saint-Nicolas
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Homélie du 03 septembre 2017

Vingt-deuxième dimanche ordinaire 2017

 

Réécoutons les paroles du prophète Jérémie que nous avons entendues dans la première lecture : « A longueur de journée, la parole du Seigneur attire sur moi l’insulte et la moquerie. Je me disais : Je ne penserai plus au Seigneur, je ne parlerai plus en son nom. » Mais elle était comme un feu brûlant dans mon cœur, elle était enfermée dans mes os. Je m’épuisais à la maîtriser, sans y réussir ». Le prophète Jérémie est habité par la Parole de Dieu, la proclamer lui attire de multiples ennuis, des persécutions. Au point de vouloir se taire, ne plus annoncer cette Parole. Mais c’est plus fort que lui, elle brûle en lui et il ne peut s’empêcher de la proclamer. Il ne peut l’enfermer. Quand nous sommes vraiment habités par la parole de Dieu, cette Bonne Nouvelle ne peut être enfermée, on ne peut que la proclamer, en témoigner. Voilà un bon thème de messe de rentrée pour une paroisse.

Cet été, je suis resté sur Wasquehal pour préparer au calme les cours que je donne au séminaire. Beaucoup de paroissiens m’ont très gentiment invité à prendre un repas. Nous avons beaucoup discuté de nombreux sujets et bien sûr nous avons parlé de la paroisse. Cela m’a permis de me rendre compte combien il était difficile d’entraîner la paroisse dans les changements à l’œuvre depuis maintenant deux ans. Ces changements, vous les connaissez : devenir une communauté de vie missionnaire. En réponse à l’appel incessant de notre Pape et des évêques de notre province, à l’appel simplement de l’Esprit Saint.

En réalité je comprends que cela soit difficile car je prends conscience à quel point il s’agit d’un changement de paradigme pastoral. J’en discutais récemment avec un confrère plus âgé qui me disait : « ce que tu me dis ne m’étonne pas, en matière de pastorale paroissiale, nous fonctionnons encore sur le modèle du Concile de Trente (16ème siècle), alors il faut un peu de temps. » Je pense qu’il a tout à fait raison. Faisons un peu d’histoire, à grand trait. Depuis le concile de Trente, la mission en paroisse était dévolue aux prêtres (curé et vicaires) et aux religieux missionnaires. Après le concile Vatican II, les laïcs baptisés ont pris une nouvelle place dans les paroisses, la baisse des vocations de prêtres et l’invitation des évêques ont favorisé l’implication des laïcs dans la prise en charge des services de la paroisse (et je rends grâce pour tous ceux qui rendent service au sein de la paroisse, elle ne pourrait pas fonctionner sans vous). Seulement la vocation missionnaire des baptisés n’est pas avant tout d’aider le prêtre à faire tourner la paroisse. Votre mission n’est pas là en premier. La mission des baptisés est d’évangéliser leur entourage, annoncer la Bonne Nouvelle à leurs relations, c’est-à-dire les gens que vous rencontrez quotidiennement là où vous vivez. Arrivez-vous à vous dire : « Je suis porteur de la Bonne Nouvelle pour tous les gens que je rencontre. Et je suis chargé de leur transmettre »

Je reconnais que cela est très difficile de devenir missionnaire. Nous ne savons pas le faire naturellement. Nous avons besoin d’apprendre. Raison pour laquelle nous faisons la proposition des « fraternités missionnaires ». La fraternité missionnaire est un lieu où le paroissien va apprendre à devenir missionnaire, et où il va vivre concrètement la mission puisque ces fraternités ont vocation à accueillir des personnes en redécouverte de la foi.

Ces fraternités seront aussi un moyen pour leurs membres d’approfondir leur vocation de disciples de Jésus en vivant en commun la prière, la formation, la fraternité, la solidarité et la mission. 

Une objection revient régulièrement par rapport à ces fraternités, surtout de la part des hommes : « je ne suis pas à l’aise avec le partage ». Comprenons-nous bien, il ne s’agit pas d’étaler sa vie, se raconter. Non, il s’agit de partager une action de Jésus dans ma vie, et de me réjouir de ce que le Christ réalise pour mon frère dans sa vie. Savez-vous comment nous appelons cela ? La communion des saints. Au ciel, nous louerons le Seigneur, pour ce qu’Il est, ce que je suis, ce qu’est mon frère. Et bien nous en vivons un petit avant-goût dans les fraternités à travers ce temps de partage. Autre objection : tous les 15 jours, c’est trop. Je répondrai : cela revient à 15 fois dans l’année. Suis-je prêt à consacrer 15 soirées pour devenir un disciple-missionnaire et vivre la mission concrètement ? Autre remarque : quand une personne est en couple, cela se vit normalement en couple.

Devenir un disciple missionnaire est difficile c’est pourquoi cette vie missionnaire ne peut se vivre qu’en communauté, au sein d’une communauté de disciples.

Et c’est là qu’est la deuxième difficulté de presque toutes nos paroisses aujourd’hui. Il faut bien reconnaître que très peu de paroisses aujourd’hui vivent ce que Jésus a vécu en communauté avec ses disciples, ce que les premiers disciples ont vécu dans les Actes des apôtres.

Aujourd’hui, dans l’esprit d’un paroissien français, qu’est ce que la vie communautaire ? Je vais à la messe, je m’investis dans un service de la paroisse (un grand merci encore pour cela) où je croise quelques paroissiens, et je retrouve quelques autres paroissiens amis à la sortie de la messe et là je me dis : « nous avons une belle vie de communauté ». Sauf qu’il ne s’agit absolument pas d’une vie de communauté telle qu’elle existe dans les Actes des apôtres, notre référence en la matière, et qui demande que nous puissions vivre les cinq essentiels de la vie communautaire chrétienne (tiré de la communauté des Actes des Apôtres), ceux que j’ai cité plus haut : prière, fraternité, solidarité, formation et mission. Et donc, nous ne sommes pas vraiment une communauté chrétienne pour l’instant. Il existe dans ce domaine un gros défaut de la part des chrétiens, je cite Mgr Ulrich dans une conversation que j’ai eue avec lui : « Les chrétiens ne vivent plus en communauté mais fonctionne en réseaux. » Les chrétiens ont adopté un comportement entre eux qui est celui qu’ils ont dans le monde, à savoir : le fonctionnement en réseaux qui consistent à rejoindre pour un temps limité tel groupe d’amis, puis tel groupe lié par le sport, puis un autre groupe lié par une activité associative et ainsi de suite…et les chrétiens fonctionnent de la même façon entre eux : je choisis tel lieu pour la messe, puis un autre groupe pour mon couple, puis un autre réseau pour l’école des enfants, puis un autre réseau pour les scouts et ainsi de suite. Mais à travers ce comportement-là, je ne puis jamais vivre la vie communautaire chrétienne telle que nous le propose le Christ, je suis comme une particule élémentaire qui s’agrégerait à tel ou tel groupe en restant un individu isolé au bout du compte. Du coup le nouveau converti aura bien du mal à trouver une communauté qui vive ce qu’il a expérimenté dans sa rencontre avec l’amour du Seigneur. Il s’agit donc de convertir notre mode de vie, trop influencé par le monde profane, en cherchant à vivre concrètement ce que Jésus a vécu avec ses premiers disciples. Pour cela les fraternités missionnaires seront une précieuse aide.

Il est difficile de vouloir devenir missionnaire. Deux choses peuvent peut-être aider notre volonté. Une prise de conscience d’abord. J’ai en moi quelque chose d’infiniment précieux, ma relation au Seigneur. Est-ce que j’ai conscience que ma relation au Seigneur est ce que j’ai de plus précieux dans la vie, et à partir de là, suis-je prêt à la partager, à l’offrir à mon entourage ? Nous rejoignons là l’expérience de Jérémie qui ne peut pas ne pas partager la Parole de Dieu qui brûle en lui si elle reste enfermée. Ensuite autre chose qui peut fortifier ma volonté de missionnaire : découvrir la joie d’annoncer l’évangile. Témoigner de sa foi procure une des plus grandes joies de l’existence. L’annonce de l’évangile me permet aussi de grandir dans la foi, comme le disait saint Jean-Paul II : « la foi s’affermit lorsqu’on la donne ».

Pour que notre communauté chrétienne développe la mission en son sein, nous développons trois autres activités dans notre paroisse.

La première est la plus importante de toute : l’adoration. J’en parlerai la semaine prochaine.

La deuxième activité est le parcours Alpha. Le parcours Alpha est fait pour des gens loin de la foi ou pratiquant occasionnel. Pas pour le chrétien pratiquant régulier (c’est-à-dire pas pour vous). Par contre vous avez pour mission d’inviter autour de vous des personnes qui se poseraient des questions sur le sens de la vie, sur la foi. Vous les accompagnez si vous voulez au début dans le parcours, mais à un moment il faut les laisser continuer seul leur chemin. Notre prochain parcours commence dans trois semaines.

Nous mettons en place sur notre paroisse une troisième activité qui me semble très importante. Un service d’accueil à la fin de la messe. Comment une personne qui découvre Jésus peut-elle se retrouver seule à la fin de la messe sans qu’aucun paroissien ne fasse attention à elle ? C’est ce qui est arrivé à un jeune homme qui a rencontré le Christ à travers la Parole de Dieu et qui, après deux ou trois messes dans notre paroisse où personne ne lui a adressé la parole à la sortie, est parti chez les évangéliques où là, il fut accueilli à bras ouverts. Je suis heureux qu’il ait trouvé une communauté accueillante pour qu’il poursuive son cheminement avec Jésus Christ, je regrette que ce n’ait pas été la nôtre, d’autant qu’il m’avait confié vouloir se consacrer au Seigneur. Pasteur c’est bien, mais nous manquons de prêtre… D’où la mise en place d’un service d’accueil constitué de trois paroissiens qui s’engagent à rester 20 minutes de plus à la fin de la messe, trois dimanches de suite, chargé d’accueillir et d’orienter de nouveaux paroissiens vers les petits groupes qui se forment sur le parvis, à les présenter ; à charge pour ces derniers de les accueillir. Donc ce service n’est pas là pour que vous vous déchargiez de votre rôle d’accueil sur une équipe, non ce service est là pour vous rappeler que vous devez tous être accueillants aux uns et aux autres.

Tous les autres services de la paroisse restent très importants et vont tourner autour de ce cœur missionnaire de la paroisse.

Permettez-moi de terminer par un petit témoignage personnel : je trouve que cette rentrée est une excellente rentrée, sans doute la meilleurs depuis 6 ans que je suis parmi vous. Pourquoi ?

Vous savez, le métier de prêtre tel qu’il est pratiqué aujourd’hui dans les communautés chrétiennes n’est pas franchement emballant. L’Eglise de France a un gros problème de vocation. Nous prions pour les vocations et c’est très bien, mais il faut se poser la question : qu’a-t-on fait de la vocation du prêtre diocésain ?

Un jeune homme qui rentre au séminaire a fait une expérience très forte de Jésus. Cette relation d’amour avec le Christ, cette présence de la Parole de Dieu en lui, ce jeune homme veut la partager, la répandre autour de lui d’une façon ou d’une autre, raison pour laquelle il va entrer au séminaire. Il se forme pendant 6 années mais en sortant du séminaire il se retrouve envoyé dans des communautés qui, par leur fonctionnement, demandent au prêtre d’être un « boutiquier » (ces communautés n’en ont pas conscience). Un boutiquier, à savoir : répondre aux besoins spirituels de la communauté, généralement nous en sommes très heureux. Mais bon ce n’est pas essentiellement pour cette raison que l’on donne sa vie. Et puis aussi fournir les besoins religieux ponctuel de nos contemporains dans les demandes occasionnels de sacrements : mariage, baptême, première communion, funérailles etc…

Quel écart entre le désir premier du jeune séminariste, donner sa vie à Dieu pour annoncer la Parole, et le fonctionnement de nos communautés où le prêtre est envoyé !!!

Et bien voyez-vous, je suis très heureux de cette rentrée car notre communauté commence à sortir de cette mentalité de boutiquier. Je peux enfin, grâce à vous, recentrer ma vocation de prêtre sur l’essentiel : annoncer la parole de Dieu, être missionnaire. Les prêtres en général sont heureux, car c’est une très belle vocation, mais pour l’instant, dans la vie de nos communautés, il existe un décalage entre ce qu’ils sont (des apôtres évangélisateurs) et ce qu’on leur fait faire.

Pour que des vocations naissent, il faut que nos communautés changent, qu’elles se convertissent à la mission. Il faut que nous devenions ce que nous sommes : des apôtres missionnaires pour nous les prêtres, des disciples missionnaires pour vous les baptisés. Je vous souhaite une très bonne année missionnaire, en communauté. Amen.