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Paroisse Frédéric Ozanam Sacré-Cœur / Saint-Clément / Saint-Nicolas
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24ème dimanche ordinaire - Homélie sur le pardon

Vingt-quatrième dimanche ordinaire 2017

Homélie sur le pardon                                                                        

 

Nous continuons à lire ce dimanche le passage de l’Evangile où saint Matthieu traite du thème du pardon. La religion chrétienne est parfois définie comme étant la religion du pardon. Ce thème central du pardon dans la foi chrétienne nous fait parfois oublier une chose. Dieu le Père n’était pas obligé de nous pardonner. Dieu aurait pu nous laisser dans l’état de mort et de péché dans lequel nous sommes depuis la chute de notre nature humaine. Dieu a certes créé par amour l’homme à son image, pour la vie, mais à partir du moment où l’homme et la femme refusent cet amour du Seigneur, il faut reconnaître qu’il n’y a aucune obligation de la part de Dieu de nous pardonner et de nous sauver. Or on entend souvent des raisonnements qui affirment : « si Dieu est amour, Il nous aime et donc Il se doit de nous sauver et de nous pardonner. »

Mais la parabole contredit ce raisonnement et nous rappelle clairement la situation dans laquelle nous nous trouvons au départ face à Dieu. Que commence par faire le roi quand il veut régler ses comptes avec ses serviteurs, c’est à dire nous ? « Comme cet homme n’avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, en remboursement de sa dette ». Nous nous retrouvons tous dans la situation de ce débiteur, incapable de rembourser sa dette, voués à l’esclavage de notre propre péché et de notre mort. C’est cela notre situation normale et juste face à Dieu au départ.

Dieu n’a aucune obligation à racheter la dette du péché que l’homme a contracté envers Lui. Et pourtant, n’avons-nous pas tendance à renverser les choses et à penser que Dieu a une dette envers nous, la dette de la vie et du bonheur ? N’avons-nous pas tendance à nous retourner contre Lui, parfois avec colère, quand Il n’honore pas cette dette de la vie et du bonheur ? Nous inversons la situation en croyant trop souvent que c’est Dieu qui nous doit 10 000 talents. Or il ne faut jamais oublier que c’est simplement parce que le Seigneur le veut bien qu’Il va dépasser sa propre justice par la miséricorde, par son pardon. « Saisi de compassion, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette. » Dieu le sauve en lui remettant sa dette, gratuitement ! Dieu ne doit rien à l’homme, mais Il le sauve gratuitement ! Seulement, qui va payer la dette à la place du débiteur, à notre place ? Les 10 000 talents de la parabole, somme impensable due par chacun d’entre nous, qui va les payer ?

Le Christ, Dieu lui-même sur la Croix. Ayons bien conscience que non seulement Dieu n’avait aucune obligation à remettre notre dette, à nous pardonner, mais que dans un retournement inouï de sa justice, Il va Lui-même se charger de payer notre dette, par sa Passion. Vous comprenez qu’il faut faire très attention avec ces idées selon laquelle Dieu nous aime, et donc il y aurait obligation de sa part de nous pardonner, et d’exiger de Lui vie et bonheur. Vous imaginez vous à la place de ce débiteur dans la parabole, debout devant Dieu et Lui disant : j’exige que Tu annules ma dette et en plus Tu vas me verser ces 10 000 talents sur mon compte ! Si tu ne fais pas cela tu es un maître mauvais et injuste. Vous comprenez que dans cette attitude, qui est souvent la nôtre, nous amoindrissons, voir nous supprimons, l’inouï du sacrifice que Dieu a dû vivre pour payer à notre place la dette que nous avions envers Lui.  Comme le dit saint Paul, « Dieu a effacé le billet de notre dette en le clouant à la Croix » (Col 2,14). Il y a une gratuité absolue de la grâce du pardon de Dieu envers nous.

La suite de la parabole nous montre que si Dieu agit ainsi avec nous, nous devons faire de même, pardonner. Mais attention, il ne faudrait pas que nous tombions dans les mêmes fausses idées qui nous feraient croire que si nous sommes chrétiens nous aurions obligation de pardonner. Il y a sans aucun doute une injonction très forte au pardon mais cela reste toujours un acte libre de notre part car c’est un acte d’amour. Un pardon accordé est toujours un acte gratuit, une grâce dont le fautif doit se montrer d’une très grande reconnaissance envers celui qui pardonne. Une personne qui pardonne est comme un autre Christ en Croix. Un pardon, donné gratuitement, coûte toujours à celui qui pardonne, l’homme qui pardonne passe par une petite mort à soi.

Reconnaissons que certains pardons sont au-delà de nos forces humaines. Dans ce cas-là, comment Dieu le Père peut-il faire du pardon une injonction si forte, et paradoxalement libre, comme nous le demande Jésus dans la parabole. Le Seigneur sait bien que certains pardons sont au-delà de nos capacités, mais dans ces situations-là, Il nous demande de Lui faire confiance.

Ce n’est pas nous qui pardonnons alors, c’est l’Esprit Saint qui va venir produire le pardon en nous. Pour reprendre l’image de la parabole, la dette que nous devons remettre à notre débiteur pour pardonner est parfois trop lourde, nous n’arrivons pas à l’effacer.

Et bien à ce moment-là, notre Seigneur Jésus vient nous dire, « la dette si grande que cette personne a envers toi et que tu dois remettre pour pouvoir pardonner, c’est moi qui vais la prendre, c’est moi qui vais la régler, je l’ai prise sur moi dans ma Passion, viens puiser dans ma miséricorde la force de pardonner. » Dieu le Père peut exiger que nous vivions un pardon gratuit et libre entre nous, uniquement parce que son Fils a pris sur Lui la dette que nous avons les uns envers les autres.

Une belle définition d’une paroisse serait alors la suivante : « une communauté de personnes qui s’engagent à vivre le pardon entre eux, en puisant dans la miséricorde que Jésus a mérité pour nous sur la Croix. » Amen.