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Paroisse Frédéric Ozanam Sacré-Cœur / Saint-Clément / Saint-Nicolas
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Dimanche 1er Juillet 2018 - Messe d'action de grâce

Messe d’action de grâce juillet 2018

 

Je voudrais profiter de cette messe d’action de grâce pour, une fois n’est pas coutume, revenir tout sur ce qui constitue le cœur de notre pastorale paroissiale : le développement de l’esprit missionnaire et d’une pastorale missionnaire et ce à travers une question toute simple dans un premier temps.

Pourquoi un paroissien « normal » devrait-il devenir missionnaire ?

Le deuxième lettre de saint Paul nous fournit une belle entrée en matière pour répondre à la question : « Frères, puisque vous avez tout en abondance, la foi, la Parole, la connaissance de Dieu, toute sorte d’empressement et l’amour qui vous vient de nous, qu’il y ait aussi abondance dans votre don généreux ! Vous connaissez en effet le don généreux de notre Seigneur Jésus-Christ. »

Pourquoi développer un esprit missionnaire dans notre relation à notre prochain ? Pour redonner, redistribuer le trésor inestimable que nous avons reçu. Nous avons tout reçu en abondance, la foi, la Parole de Dieu, la connaissance de Dieu nous dit saint Paul, nous pourrions ajouter l’eucharistie, l’espérance, l’amour divin. Et saint Paul d’en tirer les conclusions, puisque vous avez tout reçu en abondance, qu’il y ait aussi abondance dans votre don généreux ! Ce cadeau inouï que nous avons reçu, la foi, la connaissance de l’amour de Dieu, nous ne pouvons pas le garder pour nous et en en faisant une sorte d’usage personnel pour la conduite de notre vie et celle de notre famille. Il n’est pas concevable de ne pas partager ce don.

Quand nous invitons des gens à un parcours Alpha, à venir découvrir une fraternité missionnaire, à une veillée d’adoration, quand nous faisons du porte à porte, ce n’est pas avant tout pour les faire entrer dans une organisation qui s’appellerait l’Eglise, non c’est tout simplement parce que nous avons pris conscience de la chance inouïe que nous avons de connaître le Seigneur, et en prenant conscience nous voulons en faire profiter le plus grand nombre. Nous avons compris que cet amour du Seigneur ne peut être gardé pour soi. Nous ne sommes pas un club privé de gens privilégiés. Si nous n’avons pas ce désir de partager la grâce de la connaissance de l’amour Dieu, nous pourrions presque nous poser la question de la véracité de cet amour que nous avons reçu du Seigneur. Comme le dit saint Thomas d’Aquin « l’amour est diffusif de soi-même » : cet amour du Seigneur en nous tend à se diffuser à travers nous. Pas simplement le diffuser en le vivant mais aussi comme nous le dit saint Paul, partager la connaissance de l’amour de Dieu. D’où le discours incessant et pressant du pape François qui nous appelle à la mission : annoncer de façon explicite l’amour de Dieu. Il le rappelait encore lors de son récent voyage en Suisse : « Nous prenons conscience ensemble qu’il faut parler de Jésus, car Il est devenu inconnu ». Et bien oui, si l’on se contente de vivre de cet amour de Jésus, sans parler de Jésus, les personnes ne le découvriront pas car Jésus est devenu inconnu pour eux.  On sent bien que cet appel à la mission (qui est aussi celui de nos diocèses de Lille-Arras-Cambrai à travers le synode diocésain) rencontre une certaine résistance dans le peuple de Dieu.

Et effectivement il existe un certain nombre d’obstacles à la mission, je voudrais m’attarder sur l’un d’entre eux en particulier qui revient souvent : « Etre missionnaire ? Je ne me sens pas capable, j’ai un peu peur, je ne suis pas si fort que cela… »

Que les choses soient claires. Dieu n’a pas besoin de nos petits muscles, de notre force, de notre bonne santé physique ou morale pour évangéliser. Au contraire le Seigneur a besoin de nos fragilités, de nos blessures, de notre histoire compliquée car comme le dit Dieu à Saint Paul, « ma grâce se déploie dans la faiblesse » (2 Cor 12,9). Et oui ! la grâce du Seigneur ne peut que se déployer dans notre faiblesse humaine ; sa Parole dont nous sommes les porteurs ne pourra toucher les cœurs que si elle est portée par des « cruches fêlées » pour reprendre une image biblique. Une personne qui participait à la préparation de l’effusion de l’Esprit Saint (qui est d’ailleurs une excellente préparation pour la mission) me disait à la fin de la première rencontre : « il y a quand même un certain nombre de gens ici qui ont des vies difficiles, compliquées. » Et je lui répondais, « mais oui ! Il n’y a que des bras cassés et c’est une bonne chose ! » Pour la mission sachez que le Seigneur ne recrute que des bras-cassés ! D’ailleurs à ce sujet, il y a deux catégories de personnes : ceux qui savent, qui ont compris qu’ils étaient des handicapés, des malades dont le médecin est le Seigneur ; et ceux qui s’illusionnent, pour qui tout va bien… pensent-il ! Ceux-là le Seigneur n’en a pas besoin pour la mission, parce qu’ils feront de très mauvais missionnaires. Il faut avoir fait l’expérience de la puissance salvatrice du Seigneur dans notre vie pour pouvoir l’annoncer en tout humilité en toute vérité, et toucher les cœurs. Si vous vous sentez faible, incapable, peureux, sachez que vous avez tout ce qu’il faut pour être de bons disciples-missionnaires du Seigneur. Le Seigneur n’a pas besoin de super héros de la mission mais plutôt d’humbles et fragiles travailleurs pour sa vigne.

Développer l’esprit missionnaire ne consiste pas à réaliser de grandes actions, de grands exploits, il s’agit juste d’acquérir « une attention missionnaire ». Notre esprit, habité par l’Esprit Saint, se met peu à peu « en veille missionnaire ». Une veille missionnaire qui permet de saisir les multiples petites occasions que nous offre le déroulement normal d’une journée pour agir et témoigner de notre foi en Jésus Christ. C’est ce que nous apprenons à faire, entre autres choses, dans les fraternités missionnaires paroissiales.

Contrairement aux apparences, il fait froid dehors, même aujourd’hui il fait glacial, nos contemporains sont de plus en plus gelés au fur et à mesure que la foi en Jésus Christ disparaît peu à peu de notre société. Pour reprendre une image chère à saint François de Sales, il faut donc que s’allument de multiples esprits missionnaires qui sont autant de petites braises pour que le feu de l’Esprit Saint puisse s’embraser et réchauffer le cœur de nos frères et sœurs en y diffusant la connaissance de l’amour du Seigneur. Amen.