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Paroisse Frédéric Ozanam Sacré-Cœur / Saint-Clément / Saint-Nicolas
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La Paternité de Dieu et des hommes

Trente et unième dimanche ordinaire 2017

Chères Mesdames, je suis désolé mais l’homélie de ce jour s’adressera avant tout aux hommes puisqu’elle va traiter de la paternité de Dieu et des hommes, mais je vous invite néanmoins à écouter, cela pourrait être très instructif pour vous.

Avant cela je voudrais rectifier une fausse interprétation au sujet de la phrase que nous venons d’entendre : « Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. » Une fausse interprétation qui tend à réserver aux prêtres ces paroles de Jésus. Il est vrai que chez un certain nombre de chrétiens aujourd’hui, il existe une incompréhension au sujet de la paternité spirituelle du prêtre. Je suis toujours ennuyé quand des chrétiens utilisent ces propos de Jésus pour justifier le fait de ne pas donner aux prêtres le beau nom de « Père » (ou « Mr l’Abbé » qui en est un synonyme). Je suis ennuyé par l’usage de cette citation dans ce contexte et ce pour deux raisons.

La première raison est que l’usage de cette citation revient à faire une lecture fondamentaliste de l’Ecriture. Permettez-moi une petite démonstration par l’absurde pour vous expliquer que citer Jésus à ce propos est absurde. Jésus a dit : « ne donnez à personne sur terre le nom de père », Jésus dit bien : « à personne », donc cela concerne tous les hommes. Si l’on fait une lecture fondamentaliste de la citation, un enfant qui voudrait appeler son père devra dorénavant se contenter de l’appeler par son prénom. Les mots « papa, père et autres » : terminé ! Juste le prénom. Ensuite si l’on continue une lecture fondamentaliste de ce texte, Jésus a aussi dit qu’il ne fallait pas donner le titre de « Rabbi, Maître », l’équivalent en français d’aujourd’hui pourrait être « enseignant, professeur, maître d’école ». Donc, toujours selon la lecture fondamentaliste, s’il y a des enseignants dans cette assemblée, et bien je suis désolé mais je ne sais pas ce que vous êtes : « des machins », « des trucs qui parlent » mais pas des enseignants… c’est Jésus qui l’a dit.

Je m’excuse auprès des papas et des enseignants de cette assemblée mais cela n’était qu’une démonstration par l’absurde de l’erreur qui consiste à appliquer cette citation de Jésus aux prêtres catholiques. Je rappelle au passage que la lecture fondamentaliste est la seule méthode d’interprétation interdite par l’Eglise catholique.

Je suis ennuyé pour une deuxième raison, celle-là plus essentielle. Aller jusqu’à citer Jésus pour justifier chez une personne ses propres difficultés à reconnaître la paternité spirituelle du prêtre est très embêtant pour les vocations : cela révèle un malaise sur l’identité du prêtre. Vous n’êtes pas sans savoir que nous manquons de vocations sacerdotales aujourd’hui en France. Or nous remarquons qu’elles grandissent dans les communautés où l’identité du prêtre est clairement définie et vécue. La paternité spirituelle du prêtre est une dimension importante de l’identité du prêtre, la nier revient à l’amputer d’une part non négligeable de son être sacerdotal et humain. Cela ne peut que nuire à l’éclosion des vocations sacerdotales au sein de ces communautés chrétiennes.   

Je reconnais d’un autre côté qu’il n’est pas toujours facile pour un prêtre de vivre une véritable paternité spirituelle dans une société qui vit une crise générale de la paternité.

Je reviens maintenant à ce que Jésus a voulu réellement nous dire dans cette phrase : « Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. »  Une parole de saint Paul peut nous éclairer : « Je fléchis les genoux en présence du Père de qui toute paternité, au ciel et sur la terre, tire son nom ». (Ep 3,4). Saint Paul à la suite de Jésus dans l’évangile de ce jour nous explique que toute paternité ici-bas vient de Dieu le Père. Les paternités humaines ne sont que des participations plus ou moins réussies de la paternité originelle : notre source et notre modèle paternel est au ciel.

Pourquoi Dieu le Père est-il le modèle et la source de toute paternité ? Le théologien bibliste F.X. Durwell explique : « jamais un homme ne peut-être père dans un sens aussi absolu que Dieu le Père. Un père humain est lui-même fils de quelqu’un, alors que Dieu est le Père inengendré, l’origine sans origine ». Pour le dire plus simplement, seul Dieu est Père de façon absolue car il n’est le fils de personne. Il est l’origine de tout, Il est créateur dans un sens absolu. Dieu est Père dans son être même.

Notre Dieu est Père de façon absolue. Et tous les hommes reçoivent leur paternité de Dieu, que ce soit la paternité humaine pour les pères de familles, ou la paternité spirituelle pour les prêtres et religieux et aussi pour les hommes qui n’ont pas d’enfants mais qui peuvent tout à fait vivre une très belle forme de paternité spirituelle dans leur vie. Les hommes pensent qu’ils deviennent père par leur enfant, en ayant un enfant. Certes, nous sommes d’accord, cela peut aider. Mais ce n’est pas ce que Jésus nous révèle dans cette phrase radicale qu’il prononce. Jésus dirait même presque l’inverse : l’homme devient père en recevant sa paternité de Dieu le Père (et non pas avant tout à partir du lien à son enfant). Tout homme, quel que soit son état de vie, peut ainsi recevoir une paternité de la part de Dieu notre Père.

Que toute paternité vienne de Dieu est essentiel à comprendre aujourd’hui. Comme je vous le disais à l’instant, nous vivons en occident une époque compliquée pour les pères, pour la paternité. Nous percevons un grand besoin de paternité tant sur le plan humain que spirituel.

Dans ce contexte de paternité troublé, il est salutaire de réaliser que c’est bien Dieu le Père qui apprend aux hommes à devenir des pères. Il leur apprend à travers des médiations humaines masculines (et paradoxalement aussi à travers des médiations féminines) mais Dieu le Père nous l’apprend aussi directement par notre foi en son Fils Jésus-Christ.

Et oui, notre foi en Jésus-Christ nous apprend à être père. Par notre foi en Jésus-Christ, nous entrons dans la filiation de Jésus envers son Père. Une filiation parfaite. Une personne peut approfondir sa propre relation filiale en entrant par la foi dans la relation filiale entre Jésus et  Dieu son Père. Comme le dit un Père de l’Eglise, « on devient fils dans le Fils ». Je deviens fils de Dieu par le Fils de Dieu. Et c’est justement en entrant dans cette relation filiale entre Jésus et son Père que l’homme reçoit sa paternité. Nous le comprenons quand Jésus dans l’évangile s’adresse aussi à ses disciples comme un Père. Certes, Jésus se présente avant tout dans l’évangile comme Fils de Dieu pour nous révéler que Dieu est Père. Mais il arrive que la paternité même de Jésus transparaisse dans certains passages de l’Evangile par exemple dans le dialogue entre Jésus et ses disciples qui sont en train de pécher sur le lac de Galilée; Jésus s’adresse à eux de la façon suivante : « Les enfants, avez-vous du poisson… » Jésus les appelle « les enfants ». Nous voyons que, par sa filiation parfaite, Jésus reçoit une paternité de Dieu son Père qui fait de ses disciples ses enfants.

Pour nous les hommes, c’est la même chose, nous recevons notre paternité de Dieu le Père par notre foi filiale en Lui, le Père. Celui qui nous fait entrer dans une relation filiale avec Dieu notre Père, c’est Jésus Christ Fils de Dieu. Plus nous approfondissons notre foi en Dieu le Père (par Jésus), plus nous recevons une paternité de Lui. Une paternité qui va ensuite se déployer dans les relations humaines au sens large que nous vivons.

Il existe un moment important où nous entrons dans une relation filiale à Dieu le Père (par son Fils), un moment auquel nous ne pensons pas forcément : au cours de la messe, quand l’offrande de Jésus à son Père est actualisée sur l’autel. Savez-vous que toute la prière eucharistique s’adresse à Dieu le Père (par le Fils) ? Dans quelques instants, je vous propose donc de prier la prière eucharistique en pensant, pour chaque phrase, à Dieu le Père, entrons dans cette merveilleuse filiation du Fils et du Père et recevons ainsi notre paternité de la part du Père. Amen.