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Paroisse Frédéric Ozanam Sacré-Cœur / Saint-Clément / Saint-Nicolas
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L'Accueil

Dimanche 11 septembre : l’Accueil.
 
Vous savez maintenant que notre paroisse a le projet de devenir une paroisse missionnaire or pour y arriver nous devons travailler sur un gros point faible : l’accueil. 

Je voudrais prendre quatre exemples tirés de la vie de notre paroisse.  Une personne rencontrée lors du porte à porte pendant la mission. Suite à cette rencontre, cette personne renoue avec l’Eglise et revient à la messe quelques dimanches de suite, personne ne la remarque ni ne lui dit bonjour. Un dimanche après la messe, voulant me demander quelque chose, je la prie d’attendre quelques instants que je finisse de saluer les paroissiens quittant l’église. J’observais la scène du coin de l’œil, elle était là, seule, à attendre, pendant que les paroissiens discutaient en petit groupe, indifférents à la présence d’une personne seule au milieu de la communauté  paroissiale. Je ne l’ai pas revue depuis.

Une autre scène de notre vie paroissiale. Des jeunes font leur première communion, ils sont originaires d’un collège où ils sont un peu les derniers des mohicans, essayant de vivre leur foi dans un environnement indifférent voire hostile. Leurs familles, très loin de la foi, les accompagnent avec beaucoup de bonne volonté et de simplicité, ils sont bien visibles au milieu de la communauté. A la fin de la messe, aucun paroissien n’est allé leur parler, les féliciter pour leurs enfants, ne seraitce que les saluer. Autre scène. Chaque mois, une messe des familles a lieu dans deux clochers de la paroisse. Des familles qui ne viennent jamais à la messe le dimanche sont présentes, faisant l’effort d’y accompagner leurs enfants. A la fin de la messe un pot est organisé, combien de fois ai-je vu une famille ou l’autre un verre à la main, seule, en train d’attendre que leurs enfants finissent les gâteaux d’apéritif, sans qu’aucun paroissien ne vienne leur adresser la parole. 

Autre scène. Depuis quatre ans, chaque année, nous avons la chance d’avoir des catéchumènes adultes qui se préparent au baptême et à leur première communion. Ils sont présentés à la communauté au cours d’une messe en octobre, ils sont d’ailleurs souvent applaudis. Combien de fois n’ai-je pas vu ces catéchumènes par la suite seuls à la fin de la messe sans que personne ne vienne les saluer ou parler avec eux.

Un dernier exemple qui me concerne. Je remplace il y a quelques années un prêtre pour la messe du dimanche matin dans une paroisse dynamique de la métropole. A la fin de la messe, je suis la procession qui retourne à la sacristie. Ensuite je sors de l’église, des paroissiens discutaient entre eux, par petits groupes. J’attends un moment sur le parvis. Personne n’est venu m’adresser la parole. Je suis donc reparti sans avoir parlé à personne, alors que je venais de célébrer l’eucharistie pour les paroissiens qui discutaient entre eux, incapables d’accueillir jusqu’au célébrant. Cela m’a fait le plus grand bien car j’ai alors compris ce que pouvait ressentir une personne nouvelle qui arrivait dans une communauté paroissiale catholique.

Des exemples comme ceux là, il y en a des centaines dans toutes les paroisses catholiques de France. En matière d’accueil, il faut bien reconnaître que nous, catholiques, sommes complètement fous ! Je dis les catholiques, car je suis frappé par ce que me disent les personnes qui vont dans les communautés protestantes, elles sont surprises par le qualité de l’accueil. Une personne me disait encore il y a quelques temps qu’elle était allée dans un temple protestant, et qu’une dizaine de personnes étaient venues la saluer.    Si nous voulons devenir une paroisse missionnaire, il faut devenir une paroisse accueillante. En effet imaginons que nous arrivions à toucher des gens, à les inviter, à leur faire rencontrer le Christ, et voilà qu’ils arrivent dans une communauté où on les ignore !  Quelle catastrophe !
Pourquoi les catholiques ont-ils si peu la culture de l’accueil, comparés aux protestants par exemple (je serai curieux d’aller voir dans les autres religions) Quand je compare avec les protestants, je me demande s’il n’y aurait pas une raison théologique, très paradoxale. L’accueil du frère est à la fois le fruit de la communion (l’eucharistie), et cet accueil du frère produit aussi la communion (vivant alors ce que j’ai reçu dans l’eucharistie). Je crois que mon attitude à la fin de la messe dit quelque chose de mon rapport à la communion. Je viens chercher ma communion, je la reçois, et je m’en vais, c’est bon je l’ai eu. Je vis un moment de communion avec le Seigneur et un peu avec mes frères au cours de la messe, et cela me suffit. Je sors de l’église en ayant vécu mon moment de communion. Les protestants ne reçoivent pas sacramentellement la communion au cours de leur célébration, même s’ils y vivent une autre forme de communion. Ne seraient-ils pas poussés à vivre la communion en dehors de leur célébration, comme par nécessité, ne l’ayant pas reçue sacramentellement dans la célébration ?  Qu’est ce que l’eucharistie pour moi ? Ce que je vis à la sortie de la messe dit quelque chose de ce que j’ai vécu au cours de la célébration eucharistique. N’y-a-t-il pas une chosification de l’eucharistie à travers certains de nos comportements ? J’ai reçu ma communion, cela me suffit, je m’en vais.

Autre raison qui explique le manque d’accueil des catholiques. Sociologiquement, nous n’avons pas encore intégré complètement que nous sommes devenus une minorité. Un paroissien isolé le restera si la communauté ne l’accueille pas, il ne trouvera pas en dehors de la communauté paroissiale d’autres chrétiens qui pourront l’accueillir. Nos petites communautés paroissiales, religieuses, sont les seuls lieux où une personne isolée rencontrera des chrétiens pratiquants dans notre société complètement sécularisée, voir hostile au christianisme. Il faut en avoir conscience : quand nous n’accueillons pas une personne dans notre communauté, nous la renvoyons dans le désert ! 

Autre raison de notre manque d’accueil, celle là plus humaine, plus personnelle. Et aussi plus douloureuse à évoquer. Nous devons tous vivre une conversion, de l’esprit du monde à l’Esprit Saint. Nous arrivons trop souvent à la messe, imprégnés de cet esprit du monde dans lequel nous vivons. En ce qui concerne l’accueil, j’aurais envie d’appeler cet esprit du monde, l’esprit « petit bourgeois ». Je m’explique.  J’appelle l’esprit « petit bourgeois » en matière d’accueil celui qui va fonder les relations humaines dans notre communauté sur l’avoir (financier et culturel) et sur le paraître. Le monde dans lequel nous vivons est fondé sur les rapports de force, ces rapports vont s’insinuer  dans une communauté  par cet esprit « petit bourgeois ». Sous une apparence sympathique, le paroissien pris par l’esprit « petit bourgeois » va faire sentir à l’autre subtilement qu’il n’est pas au même niveau. L’esprit « petit bourgeois » va cultiver l’entre soi, à travers des codes, une fausse politesse qui écarte celui qui nous dérange. Cet esprit développe un refus d’être bousculé, d’être fragilisé par la rencontre de l’autre, un manque de gratuité dans la relation (renoncer à un moment sympathique avec quelqu’un qui nous est agréable pour aller vers l’autre moins avenant), cet esprit développe une recherche de confort dans la relation. L’esprit « petit bourgeois » peut apparaître chez tout le monde et j’aurais envie d’ajouter quelque soit son origine sociale… Je ne suis pas en train de chercher à vous culpabiliser, non, je suis simplement en train de décrire objectivement les travers qui nous empêchent d’être accueillants et de développer la communion entre nous.  


En matière d’accueil, je parle de conversion. Il faut venir à la messe, non plus imprégné de l’esprit du monde, mais porté par l’Esprit Saint. Or je trouve qu’il y a un très bel épisode dans l’Evangile qui nous éclaire sur ce que produit l’Esprit Saint en matière d’accueil quand on le laisse faire. L’évangile de Siméon, et de Anne la prophétesse, Luc nous dit que « Siméon vint au Temple poussé par l’Esprit….il reçut Jésus dans ses bras… », ou encore Anne, « survenue à cette heure même », l’heure où Joseph et Marie entrent dans le temple avec l’enfant Jésus. Siméon et Anne, poussés par l’Esprit Saint, reçoivent Dieu dans la rencontre inattendue de l’enfant Jésus. Si nous venons à la messe, poussés par l’Esprit, ce dernier nous mènera à recevoir le Christ, pas simplement dans la communion eucharistique mais aussi dans la rencontre avec un frère auquel on ne s’attendait pas. Je pense qu’un paroissien aura vécu pleinement la messe quand, à la sortie, il aura une parole, un temps donné pour une autre personne qu’il ne connait pas et dans laquelle Dieu est présent. Le paroissien vivra alors ce qu’il a reçu, la communion, le mystère de l’eucharistie. Sans doute ne faut-il pas s’obliger à vivre cela à chaque fin de messe, il faut rester naturel, mais si au bout de quelques semaines, je prends conscience que je ne discute qu’avec les quelques personnes qui me sont agréables, il est temps de se poser des questions sur l’esprit dans lequel je viens à la messe. Je sais que ce n’est pas facile d’aller vers les autres et nous comprenons bien que les deux vertus évangéliques dont nous avons besoin pour rendre cette paroisse accueillante sont l’esprit de pauvreté et d’humilité.

Bon, après une homélie comme celle-là, inutile de se jeter les uns sur les autres à la fin de la messe, et ensuite de tout oublier les semaines suivantes… J’aimerais que vous reteniez de cette homélie, que l’accueil est un point noir chez les catholiques, un lieu de conversion important pour notre paroisse si nous voulons devenir missionnaire. Cela fait donc partie de la conversion « missionnaire » que nous allons travailler, c’est l’affaire de tous, cela prendra du temps et je me permettrai de faire quelques piqûres de rappel au cours de l’année. Nous mettrons aussi en place une équipe d’accueil, je vous l’expliquerai en temps et en heure. Puissions-nous venir à la messe en se laissant guider par l’Esprit comme Siméon et Anne, comme eux, nous recevrons alors le Christ, dans l’eucharistie, dans le frère. Amen.